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Chère
maman Fabienne,
Ma
maîtresse Odile n'arrivant jamais à terminer les lettres qu'elle
te destine (il est vrai que je m'emploie à l'empêcher par tous les
moyens dont je dispose) c'est moi qui prend le relais car je suis
la mieux placée pour parler de moi.
Je
viens d'avoir huit mois. Le temps est presque aussi rapide que moi.
Je vais bien. Je mange de tout et même, au grand désespoir de ma
maîtresse ce qu'on ne pense pas à m'offrir (tapis, livres, pieds
de table de préférence en marqueterie, bas de meubles ou de sièges,
plantes, herbes, terre et cailloux) etc.. C'est que j'ai une ravissante
mâchoire ornée de crocs redoutables qui ne demandent qu'à s'activer.
Mes maîtres me proposent toutes sortes d'os en peau de buffles ou
autres mammifères dont je me régale pendant de longs moments mais
j'aime la diversité
J'ai vaincu mes terreurs et suis experte en repassage de bouteilles
plastiques. Je fais concurrence à césar. J'améliore chaque jour
mes performances au lancement de mes javelots de fortune. (Gare
à la casse). J'adore aussi agiter frénétiquement les proies que
je mords au point qu'il arrive que je me colle des claques et j'en
suis toute surprise. Pour me reposer de mes exploits sportifs, je
fias de la musique avec d'innombrables "tututs" qui traînent
dans la maison et dont je n'ai pas encore réussi à casser le mécanisme.
Quand le temps le permet, mon plus grand plaisir est d'aller au
jardin que je parcours comme un bolide en faisant de multiples tours
de cercle. Celui qui pourrait m'attraper n'est pas encore né. D'ailleurs,
je mets un point d'honneur à ne pas revenir quand on m'appelle.
Il n'y a que la promesse d'un gâteau qui me fait céder momentanément
car si je peux je repars.
Le
jardin est le seul endroit où j'aimerais être seule. Je ne m'y ennuie
jamais.
Je
broute l'herbe puis la terre qui suit. Je fais de magnifiques trous,
je mâchouille les cailloux. Je goûte un peu à tout. Cet été je me
suis régalée avec les petites fraises des bois, leurs feuilles sont
presque aussi bonnes.
Les deux pékinois du voisin me guettent et m'appellent. Nous conversons
un peu mais je ne reste pas longtemps près d'eux, je n'ai pas de
temps à perdre. D'ailleurs leur maître vient toujours les chercher
en les grondant.
Je
sens les fleurs parfois cela me fait éternuer. Je suis très sensible
aux odeurs. Je tire les feuilles et les fleurs qui viennent avec
et je savoure.
Malheureusement ma maîtresse guette tout ce que je fais. Je ne suis
jamais tranquille. Pour la punir, je lui chipe un de ses gants et
c'est de nouveau la course. Elle a beau me menacer je fais mieux
encore que les piles "duracell". Ensuite je disparais
dans les frondaisons et je m'amuse à la regarder me chercher en
m'appelant. Comme je suis un vrai courant d'air cela peut durer
un bon moment...
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